[retour à un affichage normal]

« Mazarinades et Territoires », colloque international, 7-9 septembre 2022

Mise à jour du 27 février 2022 :

Initialement prévu en août 2020, le colloque Mazarinades et territoires, sous la direction de Stéphane Haffemayer (U. de Rouen), Tadako Ichimaru (U. Gakushuin, Tokyo) et Patrick Rebollar (U. Nanzan, Nagoya), est reprogrammé les mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 septembre 2022 à l’Université de Rouen.
De nouvelles propositions de communication sont considérées jusqu’en avril 2022.
Le programme du colloque sera affiché dans cette même page courant mai.

Présentation

Après les « nouvelles approches » formulées lors de la rencontre internationale de 2015 à Paris (Droz, 2016), les mazarinades seront cette fois abordées par leurs relations avec les territoires, au sens propre comme au figuré.
Depuis les années 1970, l’approche spatiale a constitué une mutation épistémologique, offrant aux sciences sociales un regard renouvelé sur les relations entre les hommes, leurs activités et l’espace. Réalité changeante, l’espace intervient dans les formes de domination complexes et enchevêtrées qui structurent l’ordre politique et social, en partie reflétées dans les mazarinades. Pour comprendre ce rapport pluriel et complexe à l’espace et aux espaces, l’analyse portera par exemple sur la manière dont les mazarinades traitent des réalités et des discours en prise étroite avec des territoires donnés : ceux des villes et des provinces plus ou moins soumises, des pays alliés ou ennemis, de la cour du roi et des parlements, des fiefs nobiliaires et des diocèses, etc. Les imprimeurs du temps de la Fronde, assignés à des périmètres mais publiant dans la clandestinité, usant parfois de délocalisations fictives, tout comme les auteurs, indépendants ou mercenaires, appartiennent à des espaces physiques et symboliques toujours ambigus. La dimension spatiale se lira aussi dans la déclinaison textuelle des lieux : toponymes historiques, fiefs des grandes familles, routes militaires et cours d’eau navigables. Elle se dévoilera également dans des espaces en représentation, un théâtre urbain qui offre une géographie sociale de l’application des lois et de leur contestation.
Des questions linguistiques et pratiques peuvent aussi être envisagées à partir des contenus des mazarinades. Se comprend-on de la Normandie à la Provence ? Y a-t-il une autorité de la langue nationale malgré les frontières dialectales ? Quelles personnes se déplacent d’une ville à une autre, dans les campagnes ou à l’étranger, et pour y faire quoi ? Comment circulent les vraies et les fausses informations ?
Du point de vue patrimonial, dans l’espace-temps de plusieurs siècles, il conviendra aussi de s’interroger sur les logiques de localisation des collections. Comment certaines ont-elles traversé les siècles et les continents ? Que peut encore nous apprendre la géolocalisation des collections ?
En effet, qu’elles soient dans des collections parisiennes, orléanaises, rouennaises, bordelaises, aixoises, grenobloises, etc., qu’elles proviennent du château de Valençay, de la bibliothèque d’un cardinal, des acquisitions de Gabriel Naudé pour Mazarin, ou qu’elles soient consultables aujourd’hui dans une bibliothèque valaisanne, danoise ou américaine, les mazarinades sont devenues plus accessibles que par le passé. Après les travaux dont nous héritons, ceux de Célestin Moreau, d’Armand d’Artois, de Marie-Noëlle Grand-Mesnil, d’Hubert Carrier, de Christian Jouhaud ou du colloque La Fronde en questions (Marseille, 1988), nul ne doute pourtant que les mazarinades ont encore beaucoup à nous apprendre par ces approches spatiales, comprises dans un sens large et pluridisciplinaire, impliquant à la fois les chercheurs, les personnels de la conservation du patrimoine, les collectionneurs et les bibliophiles savants.

Ces questions et ces pistes de recherche sont proposées à l’heure (depuis 2010) où l’important corpus du Projet Mazarinades, issu de la collection de l’université de Tokyo, et où la Bibliographie des Mazarinades, entreprise par la Bibliothèque Mazarine depuis 2018, font entrer les mazarinades dans les humanités numériques, dont on sait qu’elles renouvellent en profondeur les méthodes et les résultats de la recherche. Qu’il s’agisse d’approches conventionnelle, pluridisciplinaire, transdisciplinaire ou comparatiste, la polysémie du titre du colloque ouvre assurément de multiples horizons en lien direct avec les mazarinades, regroupés dans les cinq directions et chemins suivants.

Les territoires dans et par les mazarinades : Les milliers de libelles de la Fronde mettent souvent en scène des dynamiques spatiales, des circulations et des lieux emblématiques du pouvoir, à Paris, en province, à l’étranger — à cartographier ; tous éléments liés à des fonctions et à des juridictions institutionnelles dont les ressorts s’enchevêtrent ; outre la contestation de l’État militaro-fiscal hérité de Richelieu et de Louis XIII, ces positions et mobilités plurielles font textuellement ressortir des enjeux sociaux, communautaires, patrimoniaux, symboliques, etc., qui peuvent être étudiés.

Territoires idéologiques et historiques : Peut-on relier la mobilité des idées et les territoires grâce aux mazarinades ? Par leur statut, leur discours ou leur circulation, que nous disent les mazarinades des relations entre les idées, les positions politiques, les événements et la diversité des espaces sociaux ? Ou comment essaient-elles encore de nous manipuler ? Comment les discours sur l’Histoire orientent-ils la production pamphlétaire des différents partis ? Déplacements et emplacements des hommes et des femmes, formations et positions des groupes, évolution des idées, possession et circulation des biens et des marchandises, s’observent-ils dans les mazarinades comme dans d’autres corpus antérieurs ou postérieurs à la Fronde ? De possibles perspectives comparatistes sont ainsi offertes.

Territoires littéraires et linguistiques : Les publications du temps de la Fronde témoignent d’une liberté lexicale et poétique qui permet une transformation du champ littéraire ; la langue française en serait notre seul bénéfice (Michelet). En réalité, ce sont les rapports entre littérature et politique qui s’en trouvent bouleversés : plumes politisées et professionnalisées ; évolution des rapports au pouvoir, aux patrons, au marché de l’imprimé ; représentation(s) du politique ; interactions et concurrences entre les styles littéraires, les genres textuels et les stratégies discursives, etc. La thématique invite également à interroger l’anonymat, le statut des langues étrangères, des dialectes, de la versification, des imitations, du langage violent ou licencieux dans les mazarinades, etc.

Territoires philologiques et historiographiques : Poursuivre l’étude des lieux de production, d’édition, de commerce et de conservation des mazarinades, de la Fronde à aujourd’hui, qu’il s’agisse des manuscrits (ce qu’il en reste), des imprimés (histoire et géographie des exemplaires, éditions, émissions, etc.), des périodiques, des recueils (composés par qui, comment et pourquoi), des collections familiales (chez qui, de quand à quand, traces de propriété, de transmission, de spoliation), des fonds institutionnels (acquisitions et confiscations, recueils composés ou décomposés, traces et descriptions), des corpus numériques (images, textes, métadonnées, accessibilité, fiabilité et usage), en relation avec les questionnements génériques, historiques, historiographiques et bibliophiliques.

Perspectives méthodologiques et épistémologiques : Grâce aux bibliothécaires, aux chercheurs et aux ingénieurs, l’informatisation et les humanités numériques opèrent une déterritorialisation virtuelle des mazarinades ; évolution des protocoles de repérage, des moyens de consultation, d’exploitation, de citation et d’analyse, via la création massive de métadonnées permettant leur fouille humaine ou leur lecture distante. Quelles nouvelles formes de recherche permet déjà, par exemple, le corpus en ligne du Projet Mazarinades ? Peut-on juger de la fiabilité des données sans retourner à l’original ? Comment appréhender ces changements de méthodes, d’échelle et de paradigme pour développer l’exploitation automatique de données ou pour tenir compte des questions légales et institutionnelles de propriété et de partage de données et de résultats ?

Comité scientifique : Antonella Amatuzzi (U. de Torino), Yves-Marie Bercé (AIBL), Michel Bernard (U. Paris 3), Stéphane Haffemayer (U. de Rouen), Alain Hugon (U. de Caen), Tadako Ichimaru (U. Gakushuin), Takeshi Matsumura (U. de Tokyo), Jean-Dominique Mellot (BnF), Olivier Poncet (ENC), Patrick Rebollar (U. Nanzan, Nagoya), Sylvie Requemora-Gros (AMU), Yann Sordet (Bibliothèque Mazarine), Myriam Tsimbidy (U. Bordeaux Montaigne), Christophe Vellet (Bibliothèque Mazarine).

(Texte adapté de l’argumentaire initial du colloque en 2019)

* *
*

Actualités du Projet Mazarinades, 2020-2022 :
Cette année, le corpus du Projet Mazarinades, en ligne depuis 10 ans, va s’élargir. Fort de plus de 2700 exemplaires de mazarinades numérisées en image et en texte depuis 2010, le corpus accueillera prochainement des pièces nouvellement numérisées et transcrites, une centaine provenant de la Bibliothèque municipale de Bordeaux et environ 150 du fonds Méjanes d’Aix-Marseille, toutes soigneusement sélectionnées parmi les pièces rares ou importantes selon Célestin Moreau.
Autre nouveauté prochaine, le site du Projet Mazarinades permettra de feuilleter l’original en images de chaque pièce, accessible à partir du catalogue ou des extraits proposés lors des recherches lexicales.
Nous espérons que ces outils seront utiles notamment à celles et ceux qui participeront au colloque Mazarinades et territoires

* *
*

Nos soutiens académiques :

 

Cette entrée a été publiée dans Informations. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *