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Jean-Dominique MELLOT, « Mazarinades et presse périodique à l’époque de la Fronde : pour une réévaluation » (Colloque Tokyo 2016)

L’exploration des Mazarinades, colloque international de Tokyo, 3/11/2016 – programme

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MAZARINADES ET PRESSE PÉRIODIQUE À L’ÉPOQUE DE LA FRONDE :
POUR UNE RÉÉVALUATION

Jean-Dominique MELLOT (Conservateur général à la
Bibliothèque nationale de France,
service de l’Inventaire rétrospectif)

Le propos de cette contribution procède à l’origine d’une forme d’étonnement. Dans la première moitié du XVIIe siècle, en effet, la presse périodique vient juste de naître en Europe. Et il se trouve qu’en France, le développement de cette presse se trouve freiné car on la soumet dès ses débuts, en 1631, au monopole d’un seul organe, la Gazette de Théophraste Renaudot (1586-1653), censée porter depuis Paris la parole du gouvernement royal. Or voici que pendant la Fronde, entre 1648 et 1652, l’histoire de la presse française franchit un cap inimaginable jusque-là : une profusion de feuilles prétendant au statut de périodique voient le jour et viennent battre en brèche l’exclusivité de la fameuse Gazette. Ce phénomène, pourtant, m’a semblé avoir été largement sous-évalué par les historiens et les bibliographes de la Fronde, qui ont rarement cherché à distinguer, parmi les quelque 5 200 mazarinades, celles qui avaient tendu à établir une périodicité.

C’est ce qui a motivé le recensement des mazarinades périodiques entrepris à la Bibliothèque nationale de France (BnF). Ce recensement a porté en premier lieu sur les collections de la BnF et de la bibliothèque de l’Arsenal [1], mais aussi naturellement sur le Répertoire international des mazarinades (RIM), fondé sur les collections de l’université de Tokyo. Sans oublier les principaux outils bibliographiques disponibles (Moreau [2], Carrier [3], Sgard [4]).

L’exercice a ensuite consisté à relier toute la production ainsi repérée à ce que l’on sait de l’histoire plus générale de la presse et de l’édition françaises, ceci afin de tenter d’évaluer la portée de cette période-clé.

Une « révolution » du régime de la presse

Lorsqu’éclate la Fronde, la presse périodique n’existe officiellement en France que depuis 17 ans. Qui plus est, le statut de ce domaine éditorial neuf est clairement perçu comme dérogatoire et régi par l’arbitraire. Renaudot, le titulaire de la Gazette, est un médecin, protégé par le cardinal de Richelieu. Il n’appartient nullement à la corporation des libraires et imprimeurs de la capitale — laquelle y détient pourtant, de par la loi, le privilège exclusif de l’impression et de la diffusion de l’imprimé à Paris [5]. La Gazette bénéficie en fait d’un privilège d’une étendue proprement exorbitante au regard de la législation de l’époque. Contre cette entorse, imprimeurs et libraires ont donc protesté d’emblée et fait intervenir le parlement de Paris, mais Renaudot s’est vu confirmer en 1635, pour lui seul et ses héritiers, le droit de rédiger, imprimer, commercialiser dans tout le royaume les « gazettes, relations et nouvelles […] contenans le recit des choses passées et a[d]venuës ou qui se passeront tant dedans que dehors le royaume […] [6] [et ce] nonobstant toutes declarations, ordonnances, arrests, reglements [… faits] ou à faire pour raison de [… l’] imprimerie et librairie ».

Pareil monopole sur l’information a contribué à détacher dès ses origines la presse périodique française du monde du livre et de ses métiers, et à en faire « la chose » du pouvoir royal. Non seulement ce système était censé empêcher toute concurrence en matière de périodiques proprement dits, mais il était également destiné — c’est un point essentiel pour l’histoire de l’édition française — à tarir la production d’occasionnels et de relations éphémères plus ou moins contrôlables qui jusque-là alimentait massivement les imprimeries de Paris comme de province [7].

Dans ces conditions, l’un des premiers effets de la Fronde a été la remise en question de ce monopole de l’information tributaire d’une gouvernance politique elle aussi contestée. La Gazette de Renaudot entre à partir de janvier 1649 dans une période de concurrence et d’incertitude [8]. Au sein même du camp loyaliste, Théophraste Renaudot, mis en cause pour manque de dévouement, va peiner à assurer la survie de sa Gazette. Quant à la défense de son monopole, elle est pour un temps mise en suspens. Le journaliste ne parviendra même pas à réduire au silence les quelques feuilles fidèles à la Cour qui viennent lui disputer son exclusivité [9].

De sorte que les périodiques qui voient le jour pendant la Fronde, loin d’être de simples excroissances du corpus de mazarinades, concentrent bel et bien les enjeux les plus cruciaux de toute cette production d’actualité à la fois informative et polémique [10].

Une production et ses temps forts

Encore faut-il savoir de quels périodiques on parle. Or l’une des premières difficultés de la recherche, c’est que tantôt les publications concernées ne se présentent pas a priori comme des périodiques de par leurs titres (Histoire, Recueil, par exemple) ; tantôt, au contraire, elles semblent s’annoncer comme des périodiques, avec des titres tels que Courrier, Gazette, Journal…, sans que l’on puisse constater l’existence de plusieurs livraisons. De plus, les variations de titre d’un numéro à l’autre ont pu entretenir la confusion bibliographique en faisant passer certains périodiques pour des publications isolées. Le recensement, malgré nos efforts, ne présente donc pas de garantie d’exhaustivité totale.

On aboutit tout de même à un corpus, non pas de 32 titres comme le proposait il y a plus de trente ans l’Histoire de l’édition française [11], mais de 51 titres de périodiques parus entre 1648 et 1652 (sans y inclure les réimpressions et contrefaçons éventuelles) — corpus matérialisé par le tableau ci-après, classé dans un ordre aussi chronologique que possible et qui indique toutes les cotes correspondantes, à la BnF, à l’Arsenal et dans le Projet Mazarinades des RIM (où nous avons repéré pas moins de 14 mazarinades périodiques).

Certes il s’agit parfois de périodiques dont un seul numéro est connu et conservé, mais dont on sait qu’il avait vocation à recevoir une suite — ainsi le Courier extravagant, apportant toutes sortes de nouvelles, publié à Paris chez Claude Huot en 1649, qui annonce une seconde livraison « si celle-ci est bien reçue ». On peut aussi avoir affaire à des titres que l’on ne qualifierait pas de mazarinades au sens étroit du terme (« pamphlet ou chanson satirique raillant Mazarin, pendant la Fronde » [12]) car ils défendent en fait la politique du cardinal et de la Cour — par exemple l’Histoire journaliere rédigée par l’abbé Jacques Gaudin [13], stipendié par Mazarin, et publiée à Compiègne puis Pontoise par l’imprimeur rouennais Julien II Courant en septembre-octobre 1652. On est là néanmoins en présence de périodiques parus à l’époque de la Fronde et dont l’existence même est en contradiction avec le monopole détenu par la Gazette sur l’information. Ils ont donc légitimement leur place dans un corpus de mazarinades au sens large du mot [14].

51 titres, c’est bien peu si on rapporte ce nombre au total de mazarinades publiées, qui a été naguère évalué par Hubert Carrier à pas moins de 5 200 éditions [15]. Mais c’est un saut quantitatif énorme en matière de périodiques, par rapport à la tranche chronologique 1631-1648 — où, en dehors de la Gazette, seuls un annuel, Le Mercure françois, contrôlé par Renaudot lui-même, et deux publications de périodicité irrégulière assimilées à des livres sous privilège [16] ont pu voir le jour légalement.

Cela dit, cette explosion de titres, à l’image du reste des mazarinades, est très inégalement répartie dans le temps.

Répartition par année des périodiques nés pendant la Fronde

1648 1649 1650 1651 1652 sans date Total
1

(1,9 %)

23

(45,1 %)

4

(7,8 %)

3

(5,9 %)

19

(37,2 %)

1

(1,9 %)

51

 

Si en effet un seul titre est repérable en 1648 (le Journal contenant tout ce qui s’est fait et passé en la cour de parlement…), la majeure partie des 51 publications (23, soit 45,1 %) sont lancées en 1649 — et même pour la plupart (15) de janvier à mars, autrement dit pendant le blocus de Paris et avant la paix conclue à Saint-Germain le 1er avril. Dans cette période, deux titres se détachent du lot : Le Courier françois (favorable au parlement), hebdomadaire qui couvre la période du 5 janvier au 7 avril 1649 et se pose avec succès en concurrent direct de la Gazette de Renaudot [17], et d’autre part Le Courrier françois, traduit fidellement en vers burlesques, par Saint-Julien, remaniement versifié du Courier françois et couvrant presque la même période (5 janvier – 1er avril 1649).

Le fort recul de 1650 (4 titres) et 1651 (3 titres) semble montrer en revanche que la confusion liée au début de la Fronde des princes puis à l’union des Deux Frondes a suscité moins de vocations de gazetiers.

L’autre grande floraison de périodiques intervient en 1652, avec 19 titres recensés (soit 37,2 % du corpus) et répartis de façon plus équilibrée sur l’année, entre janvier — avec Le Courrier general, portant les nouvelles de tout ce qui se passe aujourd’huy dans l’Estat, couvrant la période du 15 décembre 1651 au 3 janvier 1652 — et octobre — avec La Gazette nouvelle. En vers burlesques. Cette dernière s’annonce comme hebdomadaire mais clôt finalement la série en saluant le retour triomphal de Louis XIV dans « sa bonne ville de Paris ».

Par rapport au reste des mazarinades, toutefois, les périodiques accentuent le phénomène de polarisation autour des deux années les plus critiques, à savoir 1649 et 1652.

Répartition par année de l’ensemble des mazarinades publiées, d’après H. Carrier [18]

1648 1649 1650 1651 1652 1653 Total
50

(1 %)

1 975

(38 %)

725

(14 %)

800

(15 %)

1 600

(30,8 %)

50

(1 %)

5 200

 

Répartition par année des périodiques nés pendant la Fronde

1648 1649 1650 1651 1652 sans date Total
1

(1,9 %)

23

(45,1 %)

4

(7,8 %)

3

(5,9 %)

19

(37,2 %)

1

(1,9 %)

51

 

Si par exemple l’année 1649 totalise, on l’a vu, plus de 45 % des périodiques parus pendant la Fronde, elle ne représente que 38 % de l’ensemble des mazarinades prises en compte par Carrier. De même, 1652 regroupe un peu plus de 37 % des titres de périodiques, mais plus de 30 % pour la production imprimée dans son ensemble. Les années 1650 et 1651, qui quant à elles pèsent près de 15 % chacune si on considère l’ensemble des publications, ne représentent respectivement que 7,8 % et 5,9 % des périodiques nés pendant la période.

Légitimité(s) et obédiences

Cette chronologie quelque peu différenciée conduit à dégager certains traits caractéristiques des périodiques par rapport aux autres mazarinades. Premier enseignement : pour qu’il vaille la peine de publier un périodique et avoir une chance de fidéliser un public suivant un rythme hebdomadaire, un minimum de stabilité et de visibilité sur l’actualité à couvrir est nécessaire. Les temps d’accalmie relative sont peu favorables à l’apparition de gazettes, de même d’ailleurs que les périodes de grande confusion. Si des libelles isolés peuvent privilégier la polémique ou le sensationnel, un titre de périodique, pour espérer survivre, se doit de paraître crédible dans la durée et se prévaloir d’une certaine légitimité. Les périodes les plus propices pour la presse couvrant la Fronde sont donc celles où certains titres peuvent se trouver pour ainsi dire pérennisés et institutionnalisés par un parti dominant : la « Vieille Fronde » et le parlement de Paris en 1649, la Fronde princière en 1652.

Le parlement, toutefois, jouit d’une longueur d’avance par rapport aux grands féodaux rebelles et à leurs réseaux. C’est une institution stable, urbaine, première cour de justice du royaume, garante du droit écrit, tutrice des corporations et protectrice de la vie économique. À Paris comme en province (cas de Rouen et de Bordeaux), c’est d’abord le regard protecteur des parlements, et aussi les permissions qu’ils délivrent, qui vont encourager les métiers du livre à travailler au service de la contestation du gouvernement. Et il faut rappeler à cet égard que dès le 25 janvier 1649, un arrêt du parlement de Paris, réitéré le 29 mars suivant, interdit l’impression et la vente de tout écrit qui n’aurait pas reçu une permission « registrée au greffe de la cour » souveraine elle-même, à l’exclusion de toute autre autorité [19].

En fait, les nouvelles feuilles qui transgressent le monopole de Renaudot n’entendent pas pour autant se situer toutes dans une zone de non-droit, et encore moins revendiquer une liberté de la presse au sens où on l’entendrait aujourd’hui. Les périodiques émergents les plus soucieux de crédibilité durable recherchent au contraire la caution de l’autorité la plus légitime possible. Certes, la plupart de ces publications sont loin de présenter toutes la mention d’un privilège ou d’une permission, mais beaucoup l’annoncent au moins en page de titre. C’est le cas de plus de la moitié (12 titres sur 23) en 1649 [20], d’un seul en 1650 et de trois en 1652 (deux « Avec permission de Son Altesse Royale » Gaston d’Orléans et un « Avec privilege du Roy ») [21]. Le Courier françois, publié par Rolin de La Haye et pionnier des mazarinades périodiques, montre davantage de zèle en faisant figurer, à la fin de sa 7e livraison (24 février – 7 mars 1649), l’extrait de la permission délivrée par le parlement de Paris [22]. Et le Journal contenant tout ce qui s’est fait et passé en la cour de parlement de Paris, publié à partir de 1648, comporte pour la période du 1er janvier au 12 avril 1649 une permission de la cour souveraine, délivrée aux libraires Gervais Alliot et Jacques I Langlois [23].

Pour l’ensemble des mazarinades, H. Carrier avait proposé un classement des mazarinades parues en fonction des obédiences politiques (voir le premier tableau ci-dessous). Si l’on fait de même pour les seuls périodiques (second tableau ci-dessous), le constat d’une influence parlementaire prépondérante est encore plus net. À la différence des autres mazarinades, les périodiques donnent en effet un avantage sensible aux titres relevant de la Fronde parlementaire au détriment de la Fronde princière (48 % contre 26 %). Alors que ces mazarinades de la Fronde des princes dominent d’une bonne tête le reste du corpus des mazarinades (37,5 % contre 34,6 % pour la Vieille Fronde).

En revanche, la proportion de titres émanant de la Cour et du gouvernement est plus faible encore du côté des périodiques (4 %) que pour le reste de la production imprimée de l’époque (11,5 %). Force est de constater, sans même évoquer l’insuffisant investissement du cardinal dans la bataille de l’imprimé, que l’instabilité de la Cour et les deux longs exils de Mazarin (février-décembre 1651 et août 1652-février 1653) ont joué un rôle non négligeable dans l’atonie relative de la presse gouvernementale. Très significativement, l’un des deux seuls titres à mettre au crédit de cette presse, en dehors de la Gazette, est l’Histoire journaliere imprimée hors de Paris, à Compiègne puis à Pontoise, sur une presse de fortune apportée de Rouen, entre le début septembre et la fin octobre 1652.

Ensemble des mazarinades [24]
Évolution de la répartition des appartenances politiques

1648 1649 1650 1651 1652 1653 Total
Fronde parlementaire 25

(50 %)

1 375

(69,6 %)

175

(24,1 %)

175

(21,8 %)

50

(3,1 %)

_ 1 800

(34, 6 %)

Fronde des princes _ _ 350

(48,2 %)

425

(53,1 %)

1 150

(71,8 %)

25

(50 %)

1 950

(37,5 %)

Parti gouvernemental 25

(50 %)

250

(12,6 %)

100

(13,8 %)

50

(6,2 %)

150

(9,3 %)

25

(50 %)

600

(11,5 %)

Autres tendances _ 150

(7,6 %)

50

(6,9 %)

50

(6,2 %)

100

(6,2 %)

_ 350

(6,7 %)

Titres peu ou pas politisés _ 200

(10,1 %)

50

(6,9 %)

100

(12,5 %)

150

(9,3 %)

_ 500

(9,6 %)

Total / année 50 1 975 725 800 1 600 50 5 200

 

Périodiques nés pendant la Fronde (donc Gazette non incluse)
Évolution de la répartition des appartenances politiques

1648 1649 1650 1651 1652 1653 Total
Fronde parlementaire 1

(100 %)

20

(86,9 %)

 

_ _ 3

(15,8 %)

_ 24

(48 %)

Fronde des princes _ _ 1

(25 %)

2

(66,6 %)

10

(52,6 %)

_ 13

(26 %)

Parti gouvernemental _ _ 1

(25 %)

_ 1

(5,2 %)

_ 2

(4 %)

Autres tendances

 

_ 2

(8,7 %)

2

(50 %)

_

 

1

(5,2 %)

_ 5

(10 %)

Titres peu ou pas politisés _ 1 _ 1

(33,3 %)

4

(21 %)

_ 6

(12 %)

Total / année 1 23 4 3 19 _ 50

 

Lieux et plumes

Autre particularité des mazarinades périodiques : la grande majorité des publications se présentant comme telles voient le jour à Paris ou annoncent une adresse parisienne. Ce qui tend à confirmer, non sans nuances, le diagnostic émis jadis par H. Carrier, pour qui la Fronde n’aurait entraîné « l’apparition de véritables périodiques qu’à Paris » [25].

Comme pour le reste des mazarinades (21 %), l’absence d’indication de lieu est fréquente (20 %), surtout dans les années centrales de la crise. Mais, avec pas moins de 72 % du corpus, les adresses parisiennes explicites dominent encore plus largement la catégorie des périodiques que les autres productions imprimées (70,9 %) — les localités hors Paris représentent quant à elles 8 % des adresses de périodiques, soit une proportion exactement identique à celle qu’on observe pour les autres mazarinades.

Lieux de publication figurant à l’adresse des mazarinades périodiques

1648 1649 1650 1651 1652 Total
Sans lieu indiqué _ 4

(17,4 %)

3

(75 %)

2

(66,6 %)

1

(5,2 %)

10

(20 %)

Paris 1

(100 %)

17

(73,9 %)

1

(25 %)

_ 17

(89,4 %)

36

(72 %)

 

Rouen _ 1

(4,3 %)

_ _ _ 1

(2 %)

« Amsterdam » [i. e. Paris][26] _ 1

(4,3 %)

_ _ _ 1

(2 %)

Bordeaux _ _ _ 1

(33,3 %)

_ 1

(2 %)

Pontoise et Compiègne _ _ _ _ 1

(5,2 %)

1

(2 %)

Total 1 23 4 3 19 50

 

Lieux de publication de l’ensemble des mazarinades [27]

  • Sans lieu indiqué : environ 1 090 (soit 21 %)
  • Paris : environ 3 690 (soit 70,9 %) 
  • Autres localités : environ 420 (soit 8 %)

On peut certes présumer que la majorité des journalistes au moins occasionnels qui ont rédigé ces mazarinades périodiques étaient, selon le mot de Célestin Moreau, des « écrivains des galeries du Palais », fixés eux aussi dans la capitale, au plus près des nombreuses presses susceptibles de les imprimer et de la foule de colporteurs prêts à crier leurs œuvres par les rues. Pour toutes sortes de raisons, cependant, l’anonymat a été plutôt la règle que l’exception au sein de l’autorat de la Fronde. H. Carrier n’a estimé qu’à environ 10 % la proportion d’auteurs de mazarinades ayant publié à nom découvert, contre 83 % d’anonymes (dont 10 % ont cependant pu être dévoilés) et 7 % de pseudonymes [28].

Le taux est encore plus faible pour les mazarinades périodiques. Trois d’entre elles seulement (soit 6,2 %) annoncent explicitement un auteur, en l’occurrence deux habitués des presses parisiennes : le prolifique auteur d’almanachs Mathurin Questier dit Fort-Lys [29] pour deux d’entre eux (Le Journal poetique de la guerre parisienne…, Paris, Veuve d’Antoine Coulon, 13 livraisons de janvier à avril 1649 et Les Visions nocturnes de Me Mathurin Questier, Parisien…, Paris, Veuve d’Antoine Coulon, 6 livraisons, 1649) ; et d’autre part le « sieur Rozard », auteur d’une douzaine de mazarinades la même année (pour L’Arrivée du courier extraordinaire des François qui apporte bonnes nouvelles, Paris, Veuve de Jean I Rémy, février 1649). Par ailleurs, les gens de lettres à l’origine de six autres titres (soit 12,5 %) ont pu être tirés de l’anonymat ou du pseudonymat (dont Savinien de Cyrano de Bergerac, qui signe « D. B. » le premier Gazettier des-interressé, Paris, Jean Brunet, 1649).

Mais parmi eux ne figure aucun imprimeur-libraire, bien que plusieurs d’entre eux, on le sait — Jean Brunet, Jacques Le Gentil et Guillaume Sassier à Paris, David II Ferrand à Rouen… —, aient aussi mis la main à la plume pour d’autres types de publications.

Imprimeurs et libraires : la revanche du nombre ?

Cela dit, si les rédacteurs préfèrent rester dans l’ombre, les imprimeurs et les libraires, eux, ne craignent généralement pas de faire figurer leurs noms et adresses au titre de leurs publications — on ne relève que 10 « sans lieu » et 2 mentions « Paris » sans nom d’imprimeur. Preuve que, en ce qui concerne le domaine du périodique, les protections sont suffisamment efficaces et les audaces suffisamment mesurées pour que les considérations de notoriété commerciale l’emportent et que les responsables des éditions s’affichent à nom et adresse découverts. La diversité de ces noms est d’ailleurs remarquable. Pas moins de 33 imprimeurs-libraires (dont 3 fictifs), parisiens pour 29 d’entre eux, apparaissent sur une quarantaine de périodiques de notre corpus. Là encore, c’est l’année 1649, dominée par la Fronde parlementaire, qui livre le plus d’adresses différentes : 15 en tout dont 13 de professionnels parisiens ; 1652 venant au second plan avec 14 adresses explicites dont 13 de parisiens.

Les 33  imprimeurs-libraires de mazarinades périodiques [30]

  • Parisiens « sincères » : 27 (81,8 %)
  • Parisiens fictifs : 2 (6 %)
  • Province et hors Paris : 3 (9,1 %)
  • Étranger (fictif) : 1 (3 %)

Qui sont ces gens du livre et de l’imprimé ? Ils sont nombreux, ils sont plutôt dispersés et, à Paris, ce ne sont pas, sauf exception, les imprimeurs attitrés d’une institution ou d’un grand personnage. Si on met prudemment de côté le groupe des « imprimeurs et libraires ordinaires du Roy » (qui en 1652 impriment l’Extraict des registres du parlement[31], trois individus seulement parmi les Parisiens publiant des périodiques se prévalent de titulatures officielles : Guillaume Sassier (16..-1685), imprimeur et libraire ordinaire du Roi à partir de 1647 et imprimeur du maréchal de L’Hospital, gouverneur de Paris, à partir de 1650 ; Jacques I Langlois (1604-1678), imprimeur ordinaire du Roi et du parlement de Paris à partir de 1649 ; et la veuve de Jean I Guillemot, « imprimeuse ordinaire de Son Altesse Royale » Gaston d’Orléans à partir de décembre 1651.

En revanche, dans son Licensing Loyalty (2011), Jane McLeod [32] a remarqué comme nous que les provinciaux impliqués dans les mazarinades sont tous pourvus d’une titulature et en lien avec leurs parlements respectifs. Il s’agit en l’occurrence des « imprimeurs de la cour » de parlement de Rouen, David Du Petit Val (159.?-1658) et Jean III Viret (1610?-1672), également imprimeurs ordinaires du Roi, qui publient le Recueil de diverses pieces curieuses de ce temps en 1649, et de Jacques Mongiron-Millanges (1618?-1695), imprimeur ordinaire du Roi et du parlement à Bordeaux, qui met sous presse Le Courrier bordelois en 1651.

Sauf exception, on n’a pas non plus affaire à des risque-tout prêts à imprimer n’importe quel écrit pendable. Aucun des imprimeurs de périodiques ne figure sur la liste dressée par H. Carrier des gens du livre parisiens les plus séditieux [33], hormis la veuve d’André Musnier (1599?-16..), établie au Mont Saint-Hilaire, qui a imprimé au moins quatre périodiques en 1649 [34] et a été condamnée au bannissement (et deux de ses fils et complices à cinq ans de galères) pour la publication de libelles virulents contre la reine régente et le cardinal Mazarin par arrêt du parlement du 27 juillet 1649.

Toutefois, la majorité des professionnels du livre parisiens ayant fait paraître des périodiques, en l’occurrence 19 sur 29 (soit les deux tiers), ont au moins un point commun, qu’Hubert Carrier avait déjà noté incidemment à propos de l’ensemble des mazarinades, mais qui est au moins aussi flagrant pour les périodiques. Ils expriment une sorte de « revanche des petits ». Si ces gens du livre exercent dans le Quartier latin, ce qui n’est pas atypique, c’est toutefois à l’écart aussi bien de la rue Saint-Jacques que du Palais de la Cité et de Notre-Dame, dans le lacis de ruelles du Mont Saint-Hilaire, autrement dit la Montagne Sainte-Geneviève : rue d’Écosse, rue des Carmes, rue d’Arras, rue des Sept-Voies, cour d’Albret… Ce quartier resserré où tout le monde se connaît est une véritable pépinière de modestes ateliers familiaux, de relieurs mais aussi d’imprimeurs, équipés d’une ou deux presses seulement, flexibles et capables de répondre aux urgences à moindre coût, en s’échangeant au besoin leur matériel ou en se partageant certains travaux [35]. À cette catégorie appartiennent notamment les ateliers les plus productifs en matière de périodiques. Celui de la veuve d’Antoine Coulon, « rue d’Écosse, au Mont Saint-Hilaire », qui fait paraître en 1649 deux périodiques de Mathurin Questier, Le Journal poetique de la guerre parisienne… et Les Visions nocturnes… et qui n’a produit par ailleurs que des mazarinades si l’on en croit le Catalogue général en ligne de la BnF (19 notices liées) [36]. Il faut y joindre l’officine de Jacob Chevalier (160.?-165.?), située « devant le Collège royal », qui imprime en 1652 pas moins de trois périodiques, le nouveau Babillard du temps, en vers burlesques, Le Courrier de la Guienne…, le Courrier extraordinaire…, et dont toute la production connue est elle aussi accaparée par les mazarinades (45 notices liées dans BnF Catalogue général [37]). De même l’imprimerie de Nicolas de La Vigne (159.?-1679), « près l’église Saint-Hilaire, en la cour d’Albret », publie, en 1649 également, Le Babillard du temps… et Le Courier de la Cour, apportant les nouvelles de S. Germain… — l’essentiel de sa production connue consiste en mazarinades (30 éditions liées dans BnF Catalogue général [38]). L’atelier de Claude Le Roy (1606-169.?), « au Mont Saint-Hilaire » — dont seules des publications de mazarinades sont connues (15 notices liées dans BnF Catalogue général [39]) — fait paraître en 1652 Le Courrier bourdelois… et La Gazette nouvelle. En vers burlesques… Ajoutons l’imprimerie de Jacques Le Gentil (160.?-1672?), « rue d’Écosse, près Saint-Hilaire », qui en 1652 a mis sous presse le Journal veritable et desinteressé… et Le Courrier de la Cour… et dont le répertoire, là encore, est presque exclusivement composé de mazarinades (21 notices liées dans BnF Catalogue général dont 20 pour des mazarinades [40]).

Les fausses adresses elles-mêmes semblent tenir pour notoire ce phénomène de concentration et le revendiquent auprès du public, non sans connivence. Même le libraire très probablement fictif « Simon Le Porteur [de nouvelles] », sous le nom de qui paraissent en 1652 Le Premier Courrier des princes… et Le Journal contenant les novelles…, est en effet censé avoir pour adresse le « Mont Saint-Hilaire ». En 1652 encore, l’un de ses compères en pseudonymie se fait même appeler « Simon de La Montagne, rue de la Sorbonne », au titre du Journal de tout ce qui s’ets [sic] passé par tout le royaume. Hommage plaisant à la Montagne Sainte-Geneviève, fière patrie de l’imprimerie parisienne — « le plus heureux mestier de Paris, au dire du Remerciement des imprimeurs au cardinal Mazarin (1649), [et dont] le gain est aujourd’huy comparable à sa dignité », grâce aux libelles frondant le cardinal.

Leçons et prolongements

Ce foisonnement de publications d’actualité était perçu comme du pain bénit du côté de la Montagne Sainte-Geneviève, mais il ne s’agissait pas là d’une simple aubaine. C’était aussi, encadrée et encouragée par les magistrats du parlement, une revanche de la concurrence corporative. Et ce face à un système qui avait confié le monopole de l’information à un non-imprimeur (Renaudot et ses héritiers) et à un organe (la Gazette et ses extensions) asséchant du même coup tout un segment éditorial, jusque-là exploité par quantité de petits ateliers. Dès lors, l’explosion de la production de périodiques entre 1648 et 1652 tendait à rétablir dans la durée une partie non négligeable du potentiel éditorial de la corporation du livre. Du reste, on l’a vu, nombre de ces nouveaux titres de périodiques avaient reçu ou prétendu recevoir chacun une autorisation ou une permission formelle de l’instance parlementaire. C’était là l’ébauche d’un retour à la logique d’assimilation du régime du périodique à celui du livre et de ses métiers, par-delà l’épisode du privilège générique et exclusif de la Gazette.

Théophraste Renaudot avait montré ses limites, tout comme son monopole et sa Gazette. Il était apparu que son organe ne suffisait pas à tout et pouvait même être légitimement suspecté de tiédeur par le pouvoir royal. Par-dessus le marché, son titulaire Renaudot ne s’était pas privé d’intriguer, non pas, comme on aurait pu l’attendre, pour contrer en priorité ses adversaires frondeurs, mais plutôt afin d’évincer les concurrences apparues dans le camp loyaliste, telles les Nouvelles extraordinaires de Guillaume Sassier en 1650-1651 ou l’Histoire journaliere de l’abbé Jacques Gaudin imprimée en septembre-octobre 1652 par Julien Courant, imprimeur rouennais ayant suivi la Cour à Compiègne puis Pontoise.

La fin de la Fronde ne pouvait donc se résumer, comme on le lit parfois, à un musellement de la presse et à un retour au statu quo ante. Et ce, même si une remise en ordre s’accomplissait, alternant répression et actes de clémence [41]. Le pouvoir royal certes reprenait la main en matière de contrôle de l’édition, en reconquérant son exclusivité sur l’octroi des privilèges au détriment des parlements et juridictions subalternes. La Gazette remise en selle restait assurément incontournable, en matière d’information diplomatique en particulier. Cependant de nouveaux créneaux étaient apparus et avaient fait la preuve de leur utilité, notamment en direction d’un public nobiliaire et de qualité sur lequel il n’était plus question de faire l’impasse. Pas moins de 12 de nos mazarinades périodiques étaient en vers et avaient exploité l’engouement du temps pour le burlesque. Les Lettres en vers à Son Altesse Mademoiselle de Longueville du poète Jean Loret, nouvelles mondaines en vers burlesques, avaient circulé en manuscrit depuis avril 1650 avant d’être imprimées à partir de septembre 1652. Elles allaient survivre à la Fronde et ouvrir la voie à d’autres initiatives, celles par exemple du Recueil des epitres en vers de Paul Scarron à partir de 1655 et d’une série contemporaine de Muse (Muse heroï-comique, Muse royale, Muse historique, Muse de Cour, Muse dauphine…) et de Lettres en vers… Avant que le Mercure galant de Jean Donneau de Visé ne vienne dans les années 1670 s’imposer en toute légalité sur le terrain de l’information mondaine et littéraire et, déjà, de l’annonce publicitaire [42]. Entre-temps, en 1665, le Journal des sçavans ouvrait une autre brèche en publiant les nouvelles de la République des lettres dans tous les domaines du savoir.

De 1653 à 1700, pas moins de 70 périodiques allaient voir le jour en France, dont une cinquantaine sous privilège royal ou permission en bonne et due forme [43]. L’extension du domaine du périodique était désormais admise et en bonne voie, la floraison désordonnée de la Fronde ayant constitué de ce point de vue un véritable tournant. Bien que condamnables aux yeux du pouvoir royal, les mazarinades périodiques avaient donc puissamment contribué à cette extension, en révélant les besoins accrus d’information et le potentiel de développement de la presse dans le royaume. La question n’était plus dorénavant d’empêcher cet essor mais de l’encadrer et d’aménager pour ce faire le régime du privilège.

*

________________Notes :

[1] Il est à signaler qu’un chantier mené actuellement au service de l’Inventaire rétrospectif de la BnF vise à la datation et à une meilleure description des mazarinades non datées conservées sur le site François-Mitterrand de la BnF.

[2] Célestin Moreau, Bibliographie des mazarinades : publiée pour la Société de l’histoire de France, Paris, Jules Renouard, 1850-1851, 3 vol.

[3] Hubert Carrier, La Presse de la Fronde (1648-1653) : les mazarinades, Genève, Droz, 1989-1991, 2 vol.

[4] Dictionnaire des journaux : 1600-1789, sous la dir. de Jean Sgard, Paris, Universitas ; Oxford, Voltaire Foundation, 1991, 2 vol.

[5] Articles 14 et 29 des Statuts de 1618 de la communauté des libraires, imprimeurs et relieurs de la ville de Paris (publiés à Paris en 1620).

[6] Texte des Lettres du Roy en forme de charte. Contenant le privilege octroyé par Sa Majesté à Thephraste Renaudot… et à ses enfans, successeurs et ayans droit… (février 1635), qui ajoute d’ailleurs au monopole de la Gazette celui du « prix courant des marchandises, conferences et autres impressions des […] bureaux [d’adresses…] »

[7] Gilles Feyel (L’Annonce et la nouvelle : la presse d’information en France sous l’Ancien Régime (1630-1788), Oxford, Voltaire Foundation, 2000, p. 147) fait remarquer à juste titre qu’entre 1635 et 1647, les bibliothèques publiques ne conservent pratiquement plus aucune de ces pièces éphémères — ce que les collections de la BnF confirment. Cela tend à démontrer que le monopole générique de la Gazette et de ses sous-produits (« extraordinaires », etc.) a abouti à leur extinction au moins temporaire.

[8] Outre l’ouvrage de G. Feyel précité (L’Annonce et la nouvelle…), voir notamment Stéphane Haffemayer, L’Information dans la France du XVIIe siècle. La Gazette de Renaudot de 1647 à 1663, Paris, Honoré Champion, 2002, lequel résume bien entre autres (p. 690-691) les hésitations des premiers mois de 1649 où une couverture « partisane [par la Gazette] des événements parisiens fut néanmoins tolérée par l’autorité royale. En fait, les difficultés du pouvoir, l’éloignement de la Cour […] ont aussi soulagé le périodique de ses contrôles tutélaires et libéré son propos », même si « dans cette guerre imprimée, la Gazette demeure au service de la reconquête royale ».

[9] Feuilles que Mazarin considère avec bienveillance voire même qu’il suscite, ainsi les six Nouvelles extraordinaires publiées par l’imprimeur-libraire parisien Guillaume Sassier d’octobre 1650 à septembre 1651 sous la protection du maréchal de L’Hospital, gouverneur de Paris, ou plus encore l’Histoire journaliere de l’abbé Jacques Gaudin, imprimée auprès de la Cour, à Compiègne puis à Pontoise, par l’imprimeur-libraire rouennais Julien II Courant, du 5 septembre à la fin octobre 1652.

[10] Par leur double nature informative et polémique, les mazarinades périodiques vont être les témoins privilégiés de ce que Christian Jouhaud a appelé l’« extraordinaire mouvement de politisation […] des formes scripturaires et éditoriales disponibles à l’époque » (C. Jouhaud, article « mazarinade », Dictionnaire encyclopédique du livre, sous la dir. de Pascal Fouché, Daniel Péchoin, Philippe Schuwer, et la responsabilité scientifique de Jean-Dominique Mellot, Alain Nave et Martine Poulain, Paris, éd. du Cercle de la Librairie, 2002-2011, 3 vol., t. II, 2005, p. 914).

[11] Roger Chartier, « Pamphlets et gazettes », Histoire de l’édition française, sous la dir. d’Henri-Jean Martin et Roger Chartier, Paris, Promodis, t. I, 1982, p. 405-425, citation p. 419.

[12] C. Jouhaud, « mazarinade », art. cit., sens 2.

[13] Et non par Charles Robinet de Saint-Jean (1608 ?-1698), historiographe du Roi et collaborateur de Théophraste Renaudot, comme on l’a longtemps présumé (cf. H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. II, p. 281-284, qui a utilisé pour établir la paternité de l’abbé Gaudin la correspondance reçue par Mazarin et conservée au ministère des Affaires étrangères, France, vol. 884).

[14] C. Jouhaud, « mazarinade », art. cit., sens 1 qui, lui, précise bien qu’en bibliographie et en histoire du livre, on entend plus largement par mazarinade une « publication imprimée et diffusée pendant la Fronde (1648-1653) à des fins politiques ».

[15] H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. I (La Conquête de l’opinion), notamment p. 72 et 84.

[16] En l’occurrence  Les Livres de chansons pour dancer et pour boire…, série de 27 livres publiés entre 1627 et 1669 par les imprimeurs du Roi pour la musique, Pierre I puis Robert II Ballard (sous privilèges des 16 octobre 1611 puis 24 octobre 1639), et le Journal des principales audiences du parlement depuis l’année mil six cens vingt-trois…, publié entre 1646 et 1754 par une succession de libraires parisiens sous un premier privilège octroyé le 4 décembre 1645 au rédacteur Jean Du Fresne et renouvelé à cinq reprises du 5 juin 1651 jusqu’au 19 mars 1750 au bénéfice de plusieurs libraires successifs.

[17] Le pamphlet Le Commerce des nouvelles restably porte témoignage de ce succès : « Le pain ne se vendoit pas mieux que ses papiers, on y couroit comme au feu, l’on s’assommoit pour en avoir, & les colporteurs donnoient des arr[h]es dés la veille afin qu’ils eussent des premiers […] On n’entendoit les vendredis crier autre chose que le Courrier françois, & cela rompoit le col à toutes les autres productions d’esprit, parmy lesquelles il se pouvoit trouver quelque bonne piece » (cité par H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. II, p. 273).

[18] H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. I, p. 84. En 1982, l’article « Pamphlets et gazettes » de R. Chartier dans l’Histoire de l’édition française (t. I, p. 405-425), fondé sur un premier recensement effectué dans les collections de la Bibliothèque nationale, avec les instruments de repérage limités de l’époque, faisait aussi état de 50 pièces pour 1648, mais de seulement 1 050 pour 1649, de 300 pour 1650, de 400 pour 1651, de 1 100 pour 1652 et de « moins de 20 » pour 1653, soit un total de moins de 2 920 impressions.

[19] A l’exclusion notamment du lieutenant civil du Châtelet, juridiction restée progouvernementale et en principe seule habilitée à Paris à délivrer des permissions pour les impressions de moins de deux cahiers d’impression — catégorie à laquelle appartient la grande majorité des mazarinades.

[20] Cette proportion est importante (56,2 % en comptant la permission du parlement reproduite dans Le Courier françois), si on la compare avec les taux avancés pour le reste des mazarinades à la même date : 14 % de titres parus sous permission du parlement de Paris et 1 % sous celle du lieutenant civil au Châtelet (cf. H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. II, p. 301).

Comme par hasard, presque toutes les permissions annoncées au titre figurent sur des périodiques parus pendant le blocus, au premier trimestre 1649, date à laquelle la toute-puissance du parlement s’impose à la capitale.

[21] Pour Le Courrier bourdelois apportant toutes sortes de nouvelles, Paris, Salomon de La Fosse (ou : Claude Le Roy), 17 livraisons de février à juillet 1652, ainsi que pour Le Premier Courrier des princes, apportant toutes les nouvelles…, Paris, André Chouqueux, avril 1652, qui s’annonce comme un périodique sans qu’une autre livraison que la première soit connue.

[22] « Il est permis à Rolin de La Haye d’imprimer la suitte du Courier françois cy-dessus, avec deffences à tous autres de l’imprimer. Fait à la chambre des Depesches ce troisiesme mars 1649. »

[23] Gervais Alliot obtiendra pour la suite de cette publication un privilège royal en bonne et due forme le 17 juin 1650.

[24] D’après H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. I, p. 84.

[25] Ibid., t. II, p. 272. « Ni à Bordeaux, même aux plus beaux jours de l’Ormée, ni a fortiori à Aix, il n’y aurait eu une clientèle assez nombreuse et assez fidèle pour assurer l’existence d’un périodique […] Le Courrier bordelais [, notamment, étant] fait à Paris, par un Parisien, et pour les Parisiens. »

[26] « Amsterdam, ce septembre [1649] chez Jean Sausonius » est en effet l’adresse annoncée au titre du Courrier du temps. Apportant ce qui se passe de plus secret en la cour des princes de l’Europe, dû au conseiller au parlement Fouquet de Croissy et publié en fait à Paris d’après C. Moreau, Bibliographie des mazarinades…, n° 825.

[27] H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. I, p. 73.

[28] Ibid., t. II, p. 77-79.

[29] Il a été considéré à tort comme un imprimeur par Carrier (La Presse de la Fronde…, t. II, p. 77 : « imprimeur curieux d’astrologie, si pauvre qu’il se vit contraint d’écrire pour assurer sa subsistance… » ; en fait, il n’a pas attendu la Fronde pour commencer dès 1643 à faire paraître ses almanachs), mais n’est nullement tenu pour tel par Philippe Renouard, Répertoire des imprimeurs parisiens, libraires et fondeurs de caractères en exercice à Paris au XVIIe siècle…, Nogent-le-Roi, J. Laget, 1995, qui recense deux autres « Questier » ou « Quetier » et ne connaît pas de Mathurin.

[30] D’après H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. II, 123, on relève sur l’ensemble des 5 200 mazarinades 250 noms d’imprimeurs-libraires parisiens et environ 60 provinciaux. [Et près de 300 dans la liste RIM.]

[31] Au moins 8 imprimeurs sont alors imprimeurs et libraires ordinaires du Roi à Paris : Sébastien I Cramoisy (1584 ?-1669), Jacques Dugast (160. ?-1653 ?), Antoine Estienne (1592-1674), Jacques I Langlois (1604-1678), Pierre Le Petit (1617 ?-1686), Michel Mettayer (16..-16..), Pierre Rocolet (15..-1662) et Antoine Vitré (159. ?-1674).

[32] Jane McLeod, Licensing Loyalty : printers, patrons, and the State in early modern France, Pennsylvania State University Press, 2011.

[33] Cette liste comporte cinq noms outre la veuve Musnier et ses fils : Nicolas Boisset (159. ?-166. ?), imprimeur-libraire rue Galande, emprisonné du 13 juillet au 8 septembre 1649 pour impression de libelles condamnés ; Jean Boucher (16..-16..), imprimeur « rue des Amandiers, devant le collège des Grassins » depuis 1645, qui, après avoir fui la police en juin 1649 à cause de la publication du Discours sur la deputation du parlement…, est arrêté le 17 octobre 1651 pour impression de pamphlets favorables au prince de Condé ; Arnoul II Cotinet (16.. ?-1666. ?), imprimeur-libraire rue des Carmes depuis 1637, condamné à mort par contumace le 7 mai 1649 pour publications défendues et gracié par le parlement en septembre suivant, exercera jusqu’en 1662 ; Claude Morlot (1579 ?-165. ?), imprimeur depuis 1618 et établi « au coin de la rue de la Bûcherie, vis-à-vis la rue Saint-Julien-le-Pauvre », condamné à mort le 20 juillet 1649 pour avoir imprimé La Custode de la Reine et d’autres libelles, est libéré par des émeutiers sur le lieu du supplice — repris par la suite, il est réincarcéré au Châtelet avant le 21 août 1650 puis on perd sa trace ; Nicolas Vivenay (16..-16..), imprimeur du prince de Condé en 1651-1652, établi au Palais ainsi qu’à l’hôtel de Condé, est condamné par sentence du Châtelet le 12 novembre 1649 à cinq ans de galères (peine commuée en cinq ans de bannissement par le parlement), mais exerce à nouveau en juillet 1651…

[34] Il s’agit d’une autre édition du Courier extraordinaire, de la Suitte et septiesme arrivée extraordinaire du Courier françois…, du Courier de la Cour, apportant les nouvelles de S. Germain, et de la Suitte du Gazetier des-interessé.

[35] Au sujet de ce phénomène, voir les travaux pionniers d’Alain Riffaud sur l’impression des pièces de théâtre à Paris au XVIIe siècle, notamment son Répertoire du théâtre français imprimé entre 1630 et 1660, Genève, Droz, 2009 et son Archéologie du livre français moderne, Genève, Droz, 2011.

[36] Elle n’est pourtant pas prise en compte dans le classement des producteurs de mazarinades politiques (1649-1652) établi par Marion Bertrand dans son mémoire de master, consultable en ligne, Les Gazetiers frondeurs : les mazarinades et la presse d’information en 1652, Lyon, ENSSIB et université Lumière-Lyon-II, 2014, dactylogr., p. 60.

[37] Avec 72 titres recensés par M. Bertrand (Les Gazetiers frondeurs…, p. 60), c’est selon cette auteure le plus fort producteur de mazarinades politiques de la période 1649-1652 après la veuve de Jean I Guillemot.

[38] Il ne figure cependant pas au palmarès établi par M. Bertrand (Les Gazetiers frondeurs…, p. 60).

[39] Avec 19 titres recensés entre 1649 et 1652, il vient au 7e rang des producteurs de mazarinades politiques (M. Bertrand, Les Gazetiers frondeurs…, p. 60).

[40] Il publie 28 titres entre 1649 et 1652 (5e rang des producteurs de mazarinades politiques) d’après M. Bertrand (Les Gazetiers frondeurs…, p. 60).

[41] Voir notamment, sur les actions engagées pour le retour à l’ordre dans la production imprimée, H. Carrier, La Presse de la Fronde…, t. II, p. 375-377. D’après une lettre de Jean-Baptiste Colbert au cardinal Mazarin, datée 25 juillet 1657, le syndic de la communauté des libraires, imprimeurs et relieurs de Paris, Robert II Ballard (16..-1672), aurait perçu 3 000 à 4 000 l. par an à partir de la fin de la Fronde pour financer la traque des libelles et assister la police.

[42] Cf. G. Feyel, L’Annonce et la nouvelle…

[43] Sur la question du statut et de la couverture juridique des périodiques sous l’Ancien Régime, voir Jean-Dominique Mellot, « Périodiques et privilèges dans la France du XVIIe siècle, entre monopoles et exceptions. Pour une vue d’ensemble », à paraître dans Privilèges de librairie en Europe (XVIe-XVIIe siècle), volume collectif sous la dir. d’Edwige Keller-Rahbé avec la collab. d’Henriette Pommier et de Daniel Régnier-Roux, Paris, Garnier.

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