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Mazarinade n° C_4_3

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Laffemas, abbé Laurent de [?] [1649], L’ENFER BVRLESQVE, OV LE SIXIESME DE L’ENEIDE TRAVESTIE, ET DEDIÉE A MADAMOISELLE DE CHEVREVSE. Le tout accommodé à l’Histoire du Temps. , françaisRéférence RIM : M0_1216. Cote locale : C_4_3.



Il est bien vray qu’en la pensée
De vostre barque delaissée,
Quoy qu’il me sauuast du trespas,
I’aurois voulu ne l’auoir pas :
Ie considerois moins ma vie,
Que vostre barque mal seruie,
Mais pourtant i’allois mon chemin,
Tenant ce gouuernail en main :
A la faueur de son escorte,
Ie marché trois nuicts de la sorte ;
Enfin le quatriesme iour,
Ouurant les yeux plus grands qu’vn four,
I’apperceus vn bout d’Italie :
Iugez, Monsieur, si ie r’alie
Toutes mes forces au plustost,
Ie criois à nage pataut,
Et i’estois presque en asseurance :
Mais qui l’auroit dit quãd i’y pense ?
Ie commençois à m’accrocher,
A la barbe d’vn gros rocher,
Quand ma chienne de houppelande,
D’vn fin camelot de Holande,
Fit appel à quelques filloux,
Qui me chargerent à grands coups,
Sans me permettre deux paroles,
Pensant que i’auois des pistoles :
Ie sers à present de plaisir
Aux vagues qui sont de loisir,
Et Messieurs les Vẽts, de leur grace,
Bernent quelquefois ma carcasse.
Ah ! tirez-moy de ce malheur,
Grand Prince, remply de valeur,
Au nom du iour, de vostre pere,
De vostre tante & vostre mere,
Où si vous en desirez plus,
Au nom du petit Iulus.
Prenez pitié de ma detresse,
Et souffrez qu’à vous ie m’adresse,
Pour faire mon enterrement,
Vous le pouuez bien aisément ;
Enquestez-vous du port Veline,
Mon corps y fait piteuse mine :
Ou si par chemins inconnus,
Que vous auriez sçeu de Venus,
(Car vous ne passez pas à nage)
Par vn guay, par quelque passage,
Que vous auroiẽt monstré les Dieux,
Qui vous appellent en ces lieux ;
Si vous trauersez l’autre riue,
Permettez moy que ie vous suiue,
Et que i’aille mesme chemin ;
Ou si vous me donniez la main,
A vous voir mener ma pauure ame,
On la prendroit pour vostre femme,
Elle passeroit sous ce nom,
Mais la guide respondit non :
De quand estes-vous hipochondre,
Dit-elle, puis qu’il faut respondre ?
Esprit, en croyez-vous auoit ?
Mal aduisé venez sçauoir ?
Que vostre inutile priere,
Ne vous peut passer la riuiere ;
Autant en emporte le vent,
Vous ne sçauriez venir deuant,
Que vostre charogne salaupe,
N’ait veule pays de la taupe,
Ainsi le veut l’Arrest des Dieux ;
Et ces Arrests là tiennent mieux,
Que ceux contre son Eminence,
Allez, ie vous donne asseurance,
Que vous passerez dans vn temps :
Ce terme est, dit-il, de cent ans :
Il n’est pas si long, luy dit-elle :
Et comment donc, dit-il, ma belle :
C’est que la gent qui, ce dit-on.
Vous immola pour vn teston :
Il est trop vray, dit Palinure,
Ie n’en auois qu’vn, ie vous iure :
Sçachez, dit-elle, que la gent
Qui vous prit la vie & l’argent,
Ayant connu l’ire celeste,
Qu’elle craint autant que la peste,
Enterrera pour son repos
Plus que pour le vostre, vos os
Qu’elle vous fera sepulture,
Qui se dira de Palinure.
Qui, dit-il, luy dira mon nom ?
Ce sera, dit-elle, Apollon.
Or dans ces dit-il, & dit-elle,
Sans dire adieu Madamoiselle,
Au milieu d’vn discours qu’il tint,
On ne sçait que l’esprit deuint,
 
* C’est cõme
en parle
Mõsieur
Scaron. au
premier de
l’Eneide,
où il décrit
cette tempeste.